les discours sociaux sur «la Jeunesse» – Années 60


LES DISCOURS SOCIAUX SUR «LA JEUNESSE» DANS LES ANNÉES 60



 



Production, circulation, évolution et articulation



aux pratiques sociales et représentations collectives



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contribution de Jacques Jenny, sociologue, à l’ouvrage collectif



«La jeunesse en questions



– Orientations de la recherche et Sources documentaires en Sciences Sociales – 1982».



Rapport sur contrat ministériel, publié à la Documentation française, 1983,



sous la direction de Jean-Charles Lagrée et Paula Lew-Faï



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La «jeunesse» est un des thèmes qui retiennent presque en permanence l’attention des acteurs sociaux concernés par le devenir historique de leur société. Mais les modalités, le contenu et les rythmes d’évolution des connaissances et des «discours» que les sociétés produisent sur leur(s) jeunesse(s) en apprennent autant sur les instances sociales qui produisent et (ré)interprètent ces discours que sur les nouvelles générations qui sont censées en être les «objets».







On considérera ici plusieurs genres, ou registres, de la production cognitive à l’œuvre dans la société française au cours des années 60, en essayant de situer cette production spécifique dans le mouvement de transformation générale de la période contemporaine, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, et dans l’éclairage que nous apporte maintenant le recul d’une décennie [1]. Même s’il est tentant d’établir une hiérarchie de valeurs, notamment au plan de la «vérité» ou de l’«objectivité», entre ces différents registres, on s’efforcera de les considérer comme autant de traitements différenciés de l’information («faits», «données», «événements»…) et comme autant de «pratiques socio-cognitives», ou de «savoirs sociaux» [2], a priori aussi pertinents les uns que les autres si on les réfère aux fonctions spécifiques et complémentaires qu’ils remplissent dans l’ensemble du «dispositif socio-cognitif» de cette période. Et, s’il est vrai que le type de connaissance dit «scientifique» (ou universitaire) jouit d’un prestige certain auprès des classes dominantes de la société et par conséquent exerce un certain «effet de dominance» sur l’ensemble du dispositif, il est vrai aussi que l’activité intellectuelle endogène de certains groupes sociaux résiste parfois à la pénétration de cette pensée exogène à prétention universaliste, surtout lorsque celle-ci, s’exprimant sous la forme ésotérique et rebutante du discours académique, cherche à s’imposer par la contrainte d’un processus de domination politique et culturelle.



L’impact et la crédibilité des connaissances et des représentations sociales ne se mesurent pas seulement à leur «degré de vérité» (ou «d’objectivité»), à supposer que cela puisse se mesurer, mais aussi à la pertinence des questions qu’elles provoquent, et/ou éventuellement des réponses qu’elles proposent, dans les différentes situations auxquelles nous sommes tous, à des titres divers, confrontés dans notre pratique sociale. D’autre part, les images les plus efficaces pour la (re)structuration de nos schèmes perceptifs et cognitifs sont celles dont la charge affective, autant que le contenu objectif, est capable de mobiliser notre inconscient, ou de ne pas se heurter à ses résistances, surtout lorsqu’il s’agit de domaines et de problèmes aussi investis par la pensée mythique que ceux de nos rapports, individuels et collectifs, à la «jeunesse», synonyme de vitalité et d’espérance, antonyme de vieillesse et de mort.



Pour ces différentes raisons, on ne parlera pas de «transferts de connaissances», qui se diffuseraient à sens unique à partir d’un pôle émetteur privilégié vers des récepteurs supposés passifs et improductifs. Mais, à l’instar des analyses les plus récentes des rapports internationaux entre pays dits développés et dits sous-développés [3], on parlera d’interférences et d’échanges, inégaux certes, mais néanmoins réciproques, entre instances diversifiées de la pratique sociale et cognitive disposant d’une plus ou moins grande autonomie de création et d’élaboration intellectuelles, voire éventuellement de conflits entre science dominante et science «émergente», entre culture oppressive et culture « subversive »…







On s’intéressera donc particulièrement à la circulation des thèmes, des idées, des «paradigmes»… que véhiculent les différents types de discours sociaux sur la jeunesse française des années 60, produits dans les différents registres de la connaissance, avec leurs logiques et leurs objectifs spécifiques, en essayant de déceler les emprunts, les interférences, inter-relations, réinterprétations, etc., explicites et implicites, entre les uns et les autres et à l’intérieur de chacun d’eux. Loin d’être le foyer unique, «au-dessus de la mêlée», de la production intellectuelle de notre société, l’instance dite scientifique est, fût-ce à son insu, sensible aux interrogations collectives nées des contradictions, conflits et problèmes de la pratique sociale des autres instances, non seulement de l’appareil d’Etat dont elle fait partie mais aussi de la société dite civile dans la profondeur de ses composantes et institutions multiples. Et les fondements mêmes de sa démarche, la formulation de ses problématiques de recherche, résultent d’un réseau complexe d’influences et de sollicitations, qui échappent partiellement à la conscience volontariste et laborieuse des chercheurs.



Cependant, il serait vain de nier la spécificité de la démarche scientifique, et celle de la responsabilité sociale qui incombe aux chercheurs en sciences sociales [4], dans la mesure où ils disposent d’une espèce de délégation de pouvoir intellectuel, institutionnellement et budgétairement légitimée, et dans la mesure aussi où l’idéologie dominante accorde un préjugé favorable à leurs travaux… même s’ils sont mal connus et peu diffusés.



On trouvera à la fin de ce chapitre un tableau chronologique et synoptique des productions de discours sociaux, exclusivement sous forme de textes écrits et publiés (à de rares exceptions près), classés selon des genres distincts, bien que la distinction soit parfois arbitraire, tant sur le plan formel ou institutionnel que sur le plan du contenu «gnoséologique», et bien que certains produits se situent au carrefour de plusieurs genres.



Dans ce tableau, les travaux de type scientifique ont été subdivisés en deux grandes rubriques pour mieux faire apparaître ceux (première colonne) qui manifestent un projet spécifique d’inventaire bibliographique critique et/ou d’élaboration théorique explicite. Mais il est bien entendu que, selon la définition même du genre, toutes les productions de type scientifique (ou universitaire) comportent plus ou moins explicitement des préoccupations d’ordre théorique et conceptuel et des mises en perspective ou des confrontations bibliographiques. La sélection des documents de la deuxième colonne («Recherches et enquêtes scientifiques»…) reflète en partie les filtrages de ma documentation personnelle, elle-même largement subordonnée aux découpages des disciplines scientifiques instituées. En l’occurrence, il s’agit ici principalement de travaux psychosociologiques et sociologiques, avec quelques incursions significatives aux frontières de disciplines connexes, comme la démographie, les sciences politiques, l’histoire, la psychopathologie… En effet, une des caractéristiques de ce type de production de connaissances est de fonctionner à l’intérieur des cadres académiques établis, avec leurs dispositifs plus ou moins hermétiques et «protégés» d’enseignement et de recherche, même lorsque l’objet de ces connaissances, à savoir les rapports entre la société et ses nouvelles générations, exige(rait) une approche pluridisciplinaire, voire transdisciplinaire.







D’autre part, sauf exceptions destinées à rappeler leur importance, les travaux traitant de domaines dits spécialisés, connexes à celui de «la jeunesse», ne figurent pas sur cette liste, même lorsqu’ils interfèrent directement avec le thème central de la présente analyse rétrospective. Il s’agit principalement des recherches en sciences sociales de l’éducation, sur la mobilité sociale et professionnelle intergénérationnelle, sur la délinquance et la marginalité, sur les rapports de classes sociales et de sexes [5], sur la parenté et les structures familiales, sur l’institution militaire et le patriotisme, sur la participation civique et politique, sur l’éthique et les pratiques symboliques, etc. Cette limitation thématique ne fait d’ailleurs qu’exprimer l’interrogation épistémologique qui parcourt toute cette période, concernant précisément la validité et la légitimité scientifique de la fondation d’une sous-discipline, ou d’une spécialité transdisciplinaire, qui pourrait s’appeler «sciences sociales de la jeunesse», ou «(psycho)sociologie des rapports de générations»… [6].



Dans la mesure où les critères de sélection de ces travaux scientifiques ne ressortissent pas seulement à l’intérêt intrinsèque de leur contenu, mais aussi à la réalité objective d’un réseau informel (qu’on appelle parfois la «communauté invisible des pairs») de références bibliographiques qualifiées de significatives et de citations accumulées et fréquemment reproduites, on peut considérer que cet ensemble documentaire constitue en quelque sorte le «fonds commun» d’une spécialité existant, ou ayant existé, de fait – sans reconnaissance institutionnelle ou officielle.



Il est d’ailleurs probable que le «Groupe des Sciences Sociales de la Jeunesse» (GSSJ), créé en 1963, a contribué efficacement à la constitution de ce réseau informel et de ces convergences, dans la mesure où il regroupait effectivement la quasi-totalité des rares chercheurs français de cette «spécialité» et où, sur le mode coopératif autogestionnaire et sans pression mandarinale, il a réussi à faire circuler des informations jusque là dispersées et cloisonnées et à faire se rencontrer des chercheurs provenant de plusieurs disciplines, de plusieurs organismes et rattachés à des formations de recherche centrées sur les thèmes les plus variés.



Une des autres contributions importantes du GSSJ aura été de faciliter notre accès critique aux productions étrangères sur «la jeunesse», notamment par l’intermédiaire de Nicole de Maupéou-Abboud pour la Grande-Bretagne et les Etats-Unis (cf. ses articles – [15 et 16], et ses contributions aux ouvrages collectifs – [10 et 56], par l’intermédiaire d’Odette Joubin et de Hans Carle [7] pour la RFA, et par l’intermédiaire de Norman Wiener [8], de Marthe Henripin et de moi-même pour le Québec (Jenny – [9]). Car c’est une des autres caractéristiques du système de production de connaissances scientifiques, par sa prétention à l’universalité, de fonctionner en liaison la plus étroite possible avec des correspondants étrangers, voire en fédérations coopératives internationales comme Edgar Morin en avait formulé le projet en 1967, sur le thème «Jeunesse et Communications de masse» (projet que la tourmente de mai 68 allait court-circuiter). Si le tableau synoptique ne fait apparaître que des textes écrits ou traduits en langue française, et portant essentiellement sur la société française contemporaine, à part quelques notables exceptions comme J.P. Stoetzel [68], M. Mead [17], L. Rosenmayr, [21,22], E. Fischer [5], Ph. Ariés, [27] ce n’est donc pas par myopie spatiotemporelle ou par ethnocentrisme ; c’est parce que les travaux étrangers, même lorsqu’ils ont exercé une influence considérable sur les recherches menées en France [9] ne nous intéressent pas ici (dans cette mise en perspective socio-historique limitée au cadre national français) en tant que tels mais à travers les interprétations, assimilations, accommodations, adaptations, contestations… qu’en ont fait les chercheurs français pour leurs propres travaux et aussi pour les travaux de diffusion et de «vulgarisation» auxquels certains d’entre eux ont largement participé pendant cette période.



Loin d’être absente de ce tableau des discours scientifiques sur les rapports jeunesse-société, la production étrangère, notamment celle du fonctionnalisme triomphant d’origine nord-américaine, y est donc au contraire omniprésente, pourrait-on dire, par les références obligées qui y sont faites, même par ceux qui en contestent les orientations fondamentales. D’ailleurs, pour les lecteurs qui souhaiteraient connaître les principales références étrangères de cette décennie, outre les travaux précédemment cités de Nicole Abboud. de Léopold Rosenmayr et de moi-même, on peut conseiller les bibliographies systématiques établies respectivement par Henri Kreutz pour l’OCDE, à l’échelle européenne (Kreutz – [11]) et par un collectif anonyme pour l’UNESCO, à l’échelle mondiale (UNESCO – [25]).



On peut essayer d’analyser la genèse par laquelle s’est ébauchée collectivement, en France et pendant cette période, une problématique originale de type à la fois psychosociologique et sociologique à partir de courants de pensée et de références relativement hétérogènes : on observerait alors un processus de convergence par émancipation progressive des sources d’inspiration originelles, ponctué par quelques travaux de critique théorique radicale (cf. par ex. P. Naville – [19], I. Isou – [7], et surtout la thèse sur «l’inachèvement de l’homme» de Georges Lapassade – [13]), auxquels il ne manquait qu’un contexte social et idéologique favorable pour pouvoir opérer ce que Kuhn, sociologue de la science, appelle une «révolution paradigmatique» [10].



En effet, on peut reconnaître deux origines principales dans ce processus de développement et d’élaboration théoriques :







– d’une part, les conceptions et problématiques d’origine ou d’inspiration psychologique et psychosociale, principalement dans la tradition d’auteurs français ou européens de grande réputation et disposant d’un grand pouvoir académique (notamment Debesse – [3], Heuyer – [39], Piaget – [41], Stoetzel – [68], Wallon..,) et d’autres, néo-freudiens, surtout nord-américains (notamment, Erikson, Bettelheim…) ;



– d’autre part, les conceptions et problématiques de type sociologique, surtout d’origine nord-américaine et d’inspiration soit structuro-fonctionnaliste (principalement Parsons, le chef de file, Eisenstadt, Coleman…) soit culturaliste (notamment avec les références classiques de Hollingshead pour sa monographie «Elmstown’s youth» et de Margaret Mead, mondialement connue (cf. par ex. Mead – [17].



Il est symptomatique que les influences fonctionnalistes soient perceptibles même dans les premiers travaux des auteurs qui, tels Nicole de Maupeou – [15] et moi-même (contribution de J. Jenny à «La maturation sociale…» – [50] et surtout Georges Lapassade – [12] allaient ensuite développer des points de vue critiques, voire auto-critiques, concernant la fonction d’écran idéologique de cette approche par rapport aux véritables enjeux sociaux et politiques de la problématique «Jeunesse-Société». C’est ainsi, notamment, que les problèmes dits de la maturation – maturité sociale (et des notions connexes telles que : autonomie, insertion, capacité sociales…), qui constituaient un des paradigmes les plus répandus des discours psychosociologiques sur la jeunesse, virent leurs présupposés soumis à une critique théorique, soit absolue et radicale chez Lapassade – [13] dans sa contestation ontologique des concepts de maturité et d’adultéité, soit nuancée et différenciée chez la plupart (cf. par ex. Jenny – [8]). De même et parallèlement, on peut constater de manière diffuse des glissements de problématiques en chaîne, de la psychologie dite générale de l’«adolescence» vers la psychologie différentielle et comparative des différents types d’adolescents, socialement situés, de cette psychologie plutôt descriptive vers la psychosociologie des rapports dialectiques et dynamiques entre les jeunes individus, leurs groupes et classes sociales d’appartenance et de référence et les institutions macrosociétales, et enfin de cette psychosociologie vers la macrosociologie des rapports de générations et de leur contribution aux transformations sociales. La progression des travaux de Bianca Zazzo, par exemple (Zazzo – [70-71] et sa contribution à [56], illustre bien certaines étapes intermédiaires de cet itinéraire, qui participe d’un mouvement général des idées scientifiques visant à déposséder la Psychologie traditionnelle de ses prétentions à expliquer l’«adolescence», et les «crises d’originalité juvénile» par les soi-disant caractères universels et intemporels de cette période de l’existence humaine.







Le marxisme orthodoxe, peu influent – il est vrai – dans ce secteur de l’université française et du CNRS avant 1968, semble donc n’avoir pas inspiré de travaux scientifiques importants sur les rapports «Jeunesse-Société» de cette période [11]. Seuls quelques auteurs, représentant des courants hétérodoxes ou marginaux du marxisme, ont consacré des ouvrages fondamentaux à ces rapports, tels que la thèse déjà citée de Georges Lapassade, d’inspiration trotskyste – [13], et la réflexion théorique de Pierre Naville sur l’orientation professionnelle [19]; mais ces ouvrages ont eu relativement peu d’impact pendant cette période, et n’ont été vraiment connus et largement exploités qu’à partir de leurs rééditions en livre de poche, en 1972.



Quant au théoricien visionnaire qu’est Isidore Isou, dont j’ai rappelé pour mémoire «le soulèvement de la jeunesse» [7], il est pratiquement ignoré de tous. Et que dire de l’oubli dans lequel on tenait, et on tient encore, Karl Mannheim malgré sa contribution décisive à la problématique des rapports de générations, dans le cadre d’une sociologie historique de la connaissance [12] ?



Ce n’est que dans le contexte de l’émancipation culturelle et idéologique de l’après-Mai 68 que certaines conceptions marxistes, longtemps refoulées ou censurées, purent (ré)investir ce secteur des sciences sociales et contribuer à la gestation théorique quelque peu mise en sommeil par l’irruption de ce mouvement social imprévu et par la « prise de parole » qui le caractérisait (cf. par ex. le numéro spécial de la revue Communications [48]. Mais, dans les expressions dogmatiques de cette période, ces conceptions ont été impuissantes à théoriser la substance originale du mouvement social lui-même, en s’obstinant à hiérarchiser les contradictions et antagonismes sociaux des rapports de production (conflits de classes) désignés a priori comme «fronts principaux», et les autres (notamment rapports et conflits de générations, et de sexes…) désignés a priori comme «fronts secondaires», ou pour ne pas céder au vertige d’un renversement de cette hiérarchisation, elles n’ont pas pu ouvrir une voie théorique ajustée aux pratiques collectives, qui aurait permis d’articuler dialectiquement cet ensemble structuré d’antagonismes interdépendants (cf. la note 5 en bas de page).



Un des paradoxes des «sciences sociales de la jeunesse» dans la France des années 60, c’est donc d’avoir d’abord connu un certain développement progressif sous l’impulsion d’une «demande sociale» diffuse, dont les préoccupations fondamentales [13] étaient alors masquées par certaines manifestations spectaculaires, «spontanées» et «inexpliquées», de jeunes en bandes souvent violentes (par ex., 1956 à Stockholm, 1959 au square Saint-Lambert à Paris, 1963 à la place de la Nation à Paris, à Brighton en Grande-Bretagne…), et d’avoir ensuite pratiquement succombé aux retombées idéologiques plus ou moins «sectaires» d’un très vaste mouvement social, assez peu «organisé» il est vrai (au sens classique), dont les jeunes avaient pourtant été les principaux acteurs.



En fait, les chercheurs de formation proprement sociologique étaient alors assez rares dans ce secteur, et ils ont surtout enquêté sur des aspects ou auprès de «populations» ou dans le cadre d’institutions spécifiques, sans viser explicitement (sauf exceptions) à élaborer des théories générales des rapports «jeunesse-société». Leurs problématiques de référence étant liées aux objets de recherche les plus divers, leurs travaux témoignent d’une grande dispersion thématique, avec certaines interférences fécondes dont la classification unidimensionnelle suivante ne peut rendre compte :



– sur l’institution scolaire et ses rapports avec la société (Bourdieu et Passeron – [30], Isambert-Jamati – [43]), un collectif franco-britannique animé par P. Naville (Ecole et Société – [36]) ;



– sur l’apprentissage, les filières et le devenir professionnels (Idiart et Goldstein – [40], Maupéou-Abboud – [53], Rousselet – [62], Schiélé et A. Monjardet – [67]) ;



– sur les relations de travail et les attitudes sociales des jeunes apprentis et ouvriers (Haicault et Rousselet – [38], Maupéou-Abboud – [47, 52, 54]), des jeunes chômeurs (Rousselet et Haicault – [63]) et des jeunes ruraux (Guigou – [37], Morin – [59]) ;



– sur la participation civique et politique (Jeunesse et Vie politique – [45], Lapierre et Noizet – [46], Texier – [69]) ;



– sur la participation culturelle et éthique (Chamboredon – [32], Y. Cloitre – [33], Morin – [58, 60]) ;



– sur les organisations de jeunesse et d’éducation populaire (Coutrot – [34], Dufrasne – [35] et contribution à [56], Copfermann – [92]) ;



– sur la délinquance juvénile (collectif animé par P.-H. Chombart de Lauwe et le CFRES de Vaucresson – [50], Robert – [61]);



– sur la « marginalité sociale » (Monod – [57]), et autres formes de «sociabilité» (Jenny – [44], Maisonneuve – [49], Maucorps – [51], Zazzo – [70, 71]).



A cette sélection de travaux originaux de type universitaire, il faudrait évidemment ajouter non seulement les contributions à des travaux collectifs plurithématiques (par ex. Jeunesse – [10], L’Adolescence – [26], L’Intégration des Jeunes – [42], Des Millions de Jeunes – [56]), les enquêtes et analyses socio-démographiques (Baudot – [29], Sauvy – [65, 66]), et historiques (Ariès – [27]), rangées dans la même colonne du tableau synoptique, mais également une partie des titres de la quatrième colonne [89 à 111] et la quasi-totalité de ceux de la troisième [72 à 88], regroupant les principaux sondages d’opinion publique, qui survolent généralement plusieurs thèmes de la vie dite privée et dite publique des adolescents et/ou des jeunes adultes et/ou des adultes jeunes.







Tous ces travaux de recherche se fondent, au moins implicitement, sur des grilles d’analyse théorique et sur des présupposés qui ne sont pas neutres et qui orientent, canalisent, travestissent, déforment … les représentations ainsi produites et ainsi diffusées (avec plus ou moins d’audience, il est vrai, sinon parfois aucune) avec le prestige de l’«objectivité scientifique». C’est pourquoi une (re)lecture critique systématique serait nécessaire pour expliciter ces présupposés et cadres d’analyse et pour les (re)situer dans le champ des controverses théoriques et idéologiques qui constituent le mouvement des idées, en relation dialectique avec les mouvements sociaux et les transformations des structures, institutions, valeurs et rapports micro- et macro-sociétaux.



Cela dit, l’ensemble de cette production de type scientifique, ainsi relativisée, et confrontée aux autres discours, témoignages et images produites dans ou sur la même période, constitue une documentation précieuse, bien que fragmentée et lacunaire, pour qui veut maintenant connaître rétrospectivement les conditions de vie et le statut social des différentes catégories de jeunes, ainsi que leurs pratiques, aspirations et «attitudes sociales» avant mai 68… Malheureusement, si cette documentation est relativement bien inventoriée, classée, balisée, analysée, critiquée, interprétée (cf. principalement les bilans et les synthèses bibliographiques de la première colonne, ainsi que la bibliographie critique de Nicole Abboud [56] et la bibliographie thématique du Rapport d’enquête du ministère de la Jeunesse et des Sports [81], toutes deux publiées en 1967), l’accès matériel aux documents eux-mêmes n’est pas facilité par la grande dispersion des lieux de consultation et par la rareté de certains titres, qui risquent fort de disparaître bientôt sans un effort particulier de reproduction, conservation, archivage…



La distanciation critique que favorise le « recul du temps » est d’autant plus efficiente que le mouvement conjoint des idées et des pratiques sociales a déplacé les points de vue, les centres d’intérêt, les problèmes et les problématiques, les approches et les perspectives (notamment, sous l’effet de ce qu’il est convenu d’appeler le «Mouvement de mai 68», puis la «Crise économique» contemporaine), et que l’histoire elle-même s’est chargée d’éprouver la validité de certaines prévisions aventureuses, facilitant ainsi la décentration du regard et sa relative objectivation. C’est ce recul du temps qui constitue l’intérêt principal de certaines rétrospectives bibliographiques récentes, notamment lorsqu’elles comportent une analyse quantitative et/ou qualitative des déplacements thématiques et problématiques survenus dans les travaux scientifiques depuis une date-charnière comme 1968.







Ainsi en est-il du bilan des travaux sur les jeunes et l’emploi, établi pour la Commission des Communautés européennes par trois chercheurs du Centre d’études de l’emploi et portant sur la période 1960-1975 (Balazs et al. [1]). Le bilan de cette évolution bibliographique est d’autant plus intéressant (d’un point de vue épistémologique) qu’il articule les déplacements thématiques constatés avec d’une part les transformations économiques, sociales et culturelles en cours, d’autre part, avec les transformations du dispositif politico-administratif de production – analyse des «données» socio-économiques et sociologiques, et, en troisième lieu, avec celles du champ intellectuel proprement dit.



En appliquant la même méthode d’analyse longitudinale aux 316 titres sélectionnés par Pierre Grelley dans la littérature française sur la jeunesse (et plus spécifiquement sur les transformations liées de cette catégorie sociale et de la société) de 1960 à 1974 [6], on obtient les résultats suivants, qui concordent partiellement avec ceux obtenus au Centre d’études de l’emploi. La composition thématique des 155 documents publiés avant 68 et des 161 publiés depuis, se différencie surtout :



– par la diminution du nombre d’études consacrées aux facteurs morphologiques et structurels (par ex. : urbanisation, industrialisation, statuts psychologiques, juridiques et sociologiques des adolescents et jeunes adultes) : 28 contre 41 par contraste d’une part, avec une augmentation du nombre d’études consacrées aux changements des attitudes sociales concernant des objets spécifiques dont certains étaient quasiment tabous (la sexualité : 9 contre 1, l’armée : 5 contre 1, la politique : 19 contre 8) et d’autre part avec une stabilité du nombre d’enquêtes d’opinion et d’études générales sur les rapports jeunesse-société (27 contre 26) ;



– par une augmentation du nombre d’études consacrées à l’institution scolaire et à la scolarisation (30 contre 21), contrastant avec la stabilité des thèmes liés au travail, aux loisirs et à la famille (14 contre 16) ;



– par une diminution du nombre d’études consacrées aux troubles psychiatriques, au suicide et à la délinquance classique (10 contre 23), par contraste avec l’apparition du nouveau thème de la toxicomanie (4 contre 0), sur fond stable d’études générales ou globales sur les facteurs et les modalités sociales de l’inadaptation et de la délinquance juvéniles (15 contre 18).



Malgré l’intérêt de tels comptages grossiers, on n’oublie pas que l’essentiel des transformations des discours sociaux (scientifiques et extra-scientifiques) sur les rapports jeunesse-société ne se laisse pas enfermer dans ce genre de catégories thématiques. Ainsi par exemple, c’est surtout l’apparition du thème des «manifestations collectives de jeunes» qui consacrera après mai 68 l’émergence d’une problématique foncièrement macrosociologique (cf. principalement de Maupéou [55] et Castro [31]), qui n’était encore que virtuelle et tâtonnante avant que ne prît corps un mouvement historique concret, susceptible de supporter et d’alimenter une telle conceptualisation.







Pourtant, dans la production d’avant 68, Edgar Morin, dans le cadre de ses travaux sur la culture de masse [58], avait déjà considéré les pratiques culturelles des adolescents non pas comme des juxtapositions de conduites individuelles (habituellement rangées dans la rubrique spécialisée et fonctionnelle des «loisirs») mais comme la manifestation macro-sociétale d’un certain type de rapport jeunesse-société, c’est-à-dire virtuellement comme un mouvement socio-culturel justiciable d’un traitement macrosociologique. Il insistait sur le surgissement de l’adolescence en tant que classe d’âge, avec ses modèles culturels et éthiques spécifiques, transnationaux et transclassistes, dans la civilisation industrielle de masse de la deuxième moitié du XXe siècle, entraînée par un mouvement planétaire de «dégérontocratisation» et de promotion de la juvénilité et de la modernité. Certains phénomènes, comme la grande diffusion de la mode yéyé du groupe de presse et radio «Salut les copains», expression française de la «teen-age culture» à partir de 1962 (avec l’événement paroxystique de la «Nuit de la Nation» en 1963), puis le mouvement hippie aux Etats-Unis et la convergence internationale des révoltes étudiantes (principalement contre l’impérialisme américain au Vietnam, à partir de 1967), et enfin les «événements» de mai 68 en France, semblèrent apporter par la suite une confirmation à cette thèse.



Mais, bien que celle-ci fût susceptible de fonder une problématique cohérente et féconde pour une sociologie des rapports de générations, et des rapports jeunes-adultes en particulier (cf. par ex. Morin [60]), la plupart des sociologues français concernés par ces problèmes n’ont pas adhéré au projet d’Edgar Morin.



C’est que, en effet, sa thèse fait trop bon marché des différenciations nationales et régionales d’une part, de sexes et de classes sociales d’autre part, à l’œuvre au sein de tous les groupes d’âge de la société (bien que sous des formes différentes, qui font précisément l’intérêt d’une approche multidimensionnelle). D’ailleurs, après l’apparent unanimisme du mouvement de mai 68, n’allait-on pas assister à la divergence des mouvements écologistes, régionalistes, féministes, des O.S. et des immigrés, et paradoxalement à l’amenuisement du mouvement étudiant et lycéen lui-même et de tout mouvement juvénile d’envergure (à l’exception d’un bref épisode de contestation dans les casernes) ?



Ce n’est donc pas seulement par attachement anachronique à leurs catégories d’analyse traditionnelles ni, pour les marxistes, par fixation obsessionnelle à la seule dynamique des conflits de classes, que la plupart des sociologues des années 60 ont entretenu une représentation diversifiée, hétérogène, complexe et nuancée, plurielle, de «la» jeunesse et de ses rapports aux structures, institutions et valeurs macro-sociétales. Et il n’est pas étonnant que ce soit un disciple de P. Bourdieu, J.-CI. Chamboredon, dans un ouvrage collectif publié en 1966, qui a le plus systématiquement réfuté la thèse de la culture (homogène et universelle) adolescente-juvénile [32]. Cette réfutation procédait d’une critique des «spéculations sur la montée des jeunes», parmi lesquelles l’auteur citait :



– l’illusion de la nouveauté de la «nouvelle vague» démographique, qui traduit moins l’étendue des transformations que le traditionalisme de ceux qui les perçoivent ;



– la confusion entre l’extension relative des privilèges traditionnels des adolescents des classes favorisées à ceux d’autres groupes sociaux d’une part, et une éventuelle transformation globale des principes mêmes qui régissent les rapports de générations entre adultes et jeunes, d’autre part.







Chamboredon n’est pas dupe des apparences. L’accroissement considérable des effectifs scolarisés ne peut signifier par lui-même ou produire l’homogénéisation généralisée de la classe d’âge concernée, tant que subsistent d’aussi grandes disparités entre les différentes filières de l’institution scolaire ; il ne nie pas l’importance croissante des productions matérielles et culturelles objectives qui visent «la» cible adolescente à travers des mass média et des marchés plus uniformisés que jadis, mais il n’en conclut pas à la standardisation des adolescents et des jeunes soumis à cette pression sociale. C’est donc au pluriel et au futur que Chamboredon décrit la situation et les comportements des jeunes :







– au pluriel, parce qu’il différencie et spécifie les processus d’impact, d’interprétation et d’emprise des modèles culturels dominants pour cette classe d’âge, selon qu’ils impliquent telle ou telle classe sociale et tel ou tel sexe et, plus précisément encore, selon les trajectoires sociales spécifiques des jeunes de chacun des sexes entre telle classe d’origine et telle classe d’orientation ; avec une attention particulière pour les jeunes d’origine rurale et ceux des classes moyennes en déclin qui ont supporté le plus directement le poids des transformations sociales et économiques majeures ;



– au futur, parce qu’il réfère ces processus aux perspectives objectives et imaginaires d’un avenir matrimonial et professionnel plus ou moins prédéterminé (selon la conjonction des variables de sexes et de classes sociales), perspectives par rapport auxquelles les situations «présentes» sont plus ou moins ressenties comme transitoires, éphémères ou durables d’une part, et comme floues ou contraignantes d’autre part : autant de variations possibles dans le phénomène général dit de «dérèglement statutaire» de l’adolescence, provoqué par le caractère asynchrone des transformations affectant cette période de l’existence. Par ailleurs, il rappelle l’existence des autres (sous-)cultures de classe qui continuent de concurrencer directement la culture adolescente dominante dans le modelage des conduites pratiques et symboliques des jeunes, et dans la signification différentielle que peuvent revêtir des pratiques apparemment semblables, surtout lorsqu’il s’agit de la culture «savante» ou «bourgeoise», qui n’a presque rien en commun avec la culture adolescente-juvénile.







Et, parlant des «fausses perceptions de la sociologie spontanée», il conclut par une critique sévère de la fonction idéologique du discours dominant sur la jeunesse, qui exprimerait et signifierait «une manière d’échapper à des exigences ou à des défis nés de l’évolution en attribuant aux “générations montantes” la charge ou l’intention d’y répondre», et par une interprétation de l’image que la société française se forme de sa propre jeunesse, image qui, «à la façon d’un test projectif, trahit ce que cette société voudrait être».







On trouvera quelques années plus tard, dans la période ultra-politisée de l’immédiat après-mai 68, d’autres critiques épistémologiques où la littérature sociologique des années 60 est décryptée par rapport à un sens historique des phénomènes et problèmes qui se serait révélé a posteriori, après avoir été caché aussi bien aux yeux des acteurs sociaux concernés qu’à ceux de la plupart des observateurs contemporains, sociologues ou non. Les contributions de Nicole Abboud, sociologue, et de Jean Monod, ethnologue structuraliste, à l’article «Jeunesse» de l’Encyclopedia Universalis [14], sont particulièrement intéressantes de ce point de vue. Elles proposent des réinterprétations dynamiques de l’évolution et des variations spatio-temporelles des discours sociaux et scientifiques sur «la jeunesse», depuis la fin de la deuxième guerre mondiale jusqu’à 1970. Ces discours croyaient analyser et exorciser des phénomènes déconcertants en les intégrant dans des cadres de pensée et des problématiques familiers, accompagnés de leurs solutions et remèdes, sur le plan pratique, comme par exemple, la «réduction criminologique» du phénomène des «bandes de jeunes». En fait, ils en apprennent plus sur les refus, les angoisses et autres réactions sociales de l’opinion publique et/ou des agences de régulation sociologique (l’Etat, les éducateurs, les partis politiques, les églises et mouvements de pensée,…), que sur la signification profonde des pratiques des jeunes, révélateur sensible des problèmes, crises, conflits et défis fondamentaux de la civilisation urbaine et industrielle, technologique et bureaucratique…



Bien plus, ces discours myopes et réductionnistes, en servant d’alibis et d’écrans idéologiques pour brouiller la perception des phénomènes et de leurs significations socio-historiques, auraient été le plus souvent décalés par rapport à ces phénomènes, en retard chronique d’une grille d’analyse, ce qui aurait pour effet de retarder les prises de conscience nécessaires, de reculer les échéances et d’«aggraver le conflit entre la structure figée de la société et les forces de changement qui la travaillaient sourdement» (Monod in Jeunesse – [10]). C’est ainsi par exemple que là où l’on croyait voir une dépolitisation généralisée des jeunes, surtout sur la foi de sondages d’opinion extensifs qui noient statistiquement les minorités agissantes dans la masse, qui ne s’adressent aux jeunes qu’en tant qu’individus dispersés et qui ne les interrogent qu’avec des mots dépréciés en référence à une conception classique, conventionnelle, usée de la politique, on ne pouvait par percevoir l’émergence souterraine de nouveaux types de rapports au politique, à ses normes et valeurs, à ses finalités et méthodes, à ses organisations et institutions, à ses modèles et acteurs, à ses jeux et enjeux…



Mais on peut se demander si ces deux auteurs, comme la plupart de ceux de l’immédiat après-mai 68, n’ont pas été eux-mêmes victimes de cette illusion d’optique qu’ils dénoncent si justement chez les autres ? En effet, alors qu’ils accordent au gauchisme, encore très actif en 1970, ou à l’utopie hippie, un potentiel révolutionnaire qui décevra par la suite leurs supporters, ils ne semblent pas percevoir l’évolution générale des «mœurs» et de certaines «valeurs éthiques», qui s’accomplira en douceur sans bouleversement majeur des structures et institutions de la sphère juridique et politique politicienne.







En revanche, on retiendra de ces leçons de bonne conduite sociologique l’intérêt qu’il y a à rechercher, derrière les apparences conjoncturelles des «événements» et surtout derrière les intentions manifestes des «acteurs sociaux» (dans le couple dialectique action-réaction, provocation-récupération ou répression…), des processus objectifs de transformation structurelle à moyen et à long terme dont il est parfois difficile de discerner s’ils opèrent pour ou contre les intérêts des classes dominantes. C’est ainsi, par exemple, que J. Monod lui-même interprète la «récupération par les loisirs» de la marginalité culturelle des petites bandes de copains yéyé (qui étaient venues se substituer aux grandes bandes de délinquance gratuite de la fin des années 50, réprimées par le dispositif policier) : «Les symptômes inquiétants disparurent, et la société industrielle, rajeunie par la culture juvénile de masse, s’engagea plus résolument dans une ère d’abondance où tous étaient partie prenante, quels que soient leur âge, leur classe et leur origine ethnique»…



Les deux auteurs précités, (Jeunesse [10]), proposent une périodisation quasiment décennale de l’époque contemporaine (depuis 1945), aux termes de laquelle la période 1957-67 qui nous intéresse particulièrement ici serait caractérisée par «l’incompréhension croissante» des jeunes par les adultes, avec des conflits de générations au sein même de certaines organisations politiques et confessionnelles qui rappelaient certaines luttes de tendances, scissions ou regroupements des périodes précédentes (cf. par ex. Copfermann – [92-93]). Ils annonçaient cependant un «nouveau pouvoir d’intervention des jeunes», de type autogestionnaire, c’est-à-dire antihiérarchique et antibureaucratique, échappant plus foncièrement aux critères de division idéologique traditionnelle. L’intérêt de telles périodisations, malgré les risques de simplification plus ou moins stéréotypée, est d’introduire la durée du moyen terme entre les évolutions structurelles de longue durée et les «événements» de l’actualité quotidienne et conjoncturelle. Certes, ces schémas de lecture participent à la production de l’histoire contemporaine autant qu’à sa description ; mais ils peuvent aider à mieux comprendre les interactions réciproques entre les événements et les «informations» d’une part et le réseau de leurs différents modèles de production et de traitement, fonctionnant en système, d’autre part.



En effet, les différentes catégories de discours sociaux distinguées dans notre tableau synoptique sont articulées en un système complexe et dynamique ; chaque production cognitive à l’intérieur de ce système est elle-même une pratique sociale (ou «pratique discursive») qui interagit à la fois avec d’autres formes de pratiques (individuelles et collectives, institutionnelles et instituantes), et de mouvements sociaux et avec la sphère des représentations sociales. C’est pourquoi, malgré la diversité des genres de discours et, au-delà de leur apparente hétérogénéité, on peut tenter de découvrir des structures constitutives de séquences temporelles spécifiques, intégrant plus ou moins les différents éléments du système, d’une part, et le processus de déstructuration-restructuration par lequel on passe d’une séquence à l’autre, d’autre part.



Rappelons brièvement comment se caractérisent les différents genres de production-traitement des informations :



– les communications de masse (presse, radio, télévision, affiches publicitaires…) constituent elles-mêmes un genre hétérogène. Elles se caractérisent par une disparité des références politico-culturelles (de la gauche à la droite, du populaire au snob, etc.), des fonctions (de l’information à l’opinion et au combat idéologique) et des rythmes (de la réaction au jour le jour à la réflexion et aux analyses à périodicité variable…) ; mais la fonction spécifique du journalisme est d’amplifier les événements, sinon de les créer, «sur le vif» et «à chaud», avec un effet de «spectacularisation» aussi important que la transmission proprement dite du contenu des messages ;



– la création artistique (littérature, chansons, films, musique, «posters», etc.) par, pour ou sur les jeunes et la jeunesse est une composante du dispositif d’autant plus suggestive qu’elle mélange les références au «réel», mais lequel ? et à l’imaginaire ; [15]



– tes sondages d’opinion publique, en raison de leur apparente simplicité, ont tendance à «cristalliser» des perceptions latentes et diffuses en images aux contours nets et précis, contribuant ainsi à banaliser, voire à «naturaliser», certains objets de la réalité sociale ;



– tes enquêtes et recherches scientifiques visent surtout à l’interprétation «à froid» des événements et phénomènes sociaux, c’est-à-dire à l’élucidation du «comment» et si possible, du «pourquoi» des choses et de leur transformation, selon des procédures méthodologiques de plus en plus «professionnalisées» (d’où risque d’enfermement dans le ghetto et l’ésotérisme) ;



– les «acteurs sociaux» ou «instances de la pratique sociale» directement concernés par les problèmes en question contribuent également par leur publications, interventions, colloques et séminaires, etc., à cet effort de compréhension et d’explication des phénomènes, voire à leur prévision, motivés qu’ils sont par leur transformation ou par le contrôle de la situation. Les influences idéologiques y sont plus perceptibles que dans la littérature scientifique mais en revanche l’influence des modes intellectuelles y est plus médiatisée, ce qui permet parfois l’expression d’analyses plus «spontanées» (d’un certain point de vue) et plus assimilables par de larges publics.



De cette dernière catégorie, on pourrait extraire le genre particulier constitué par les «rapports officiels» (expertises, livres blancs, rapports de comités des sages, attendus de projets de loi-cadre, etc.), émanant des instances légitimées de la représentation politique, principalement au niveau gouvernemental dans notre système centralisé. Ces rapports, résultent souvent de compromis entre points de vue contradictoires plus ou moins bien consultés et analysés, court-circuitant parfois les procédures traditionnelles du débat démocratique avec les organisations dites représentatives.







Evénements, pratiques sociales des jeunes et de leurs principaux «partenaires sociaux», médias, sondages, vulgarisations, débats et rapports officiels, etc. n’interviennent pas seulement dans la production de connaissance scientifique comme de simples cadres sociaux ou repères chronologiques, comme un simple décor ou scénario de l’histoire, ou comme de simples «objets» ou matériaux bruts de l’analyse. Mais c’est par les interférences mutuelles et multilatérales de cet entrelacs complexe que se tissent les thèmes de ce discours social polymorphe, à la fois redondant et contradictoire, et que se construisent les savoirs sociaux sur les rapports de notre société avec ses nouvelles cohortes de jeunes ; cohortes qui se transforment elles-mêmes tout en participant, parfois en première ligne, aux transformations d’une société qui deviendra la leur après avoir été parfois celle de leur mise à l’écart.



Les interférences et emprunts réciproques entre les diverses parties du dispositif de la connaissance et les différentes variétés de discours sociaux sur la jeunesse apparaissent non seulement à travers les citations et références explicites, mais aussi à travers les convergences ou controverses thématiques implicites. A cette relative fluidité de la circulation des informations, analyses et idées, sur laquelle se fonde une certaine communauté des pratiques intellectuelles, il est difficile de faire correspondre une osmose équivalente au niveau de la production et surtout au niveau de la diffusion «grand public».



Certaines «filières de production» apparaissent parfois, qui associent tel grand hebdomadaire d’opinion (par ex. «L’Express») ou d’information spécialisée (par ex. «Elle») à tel grand sondage d’opinion quasiment «officiel» (par ex. «La Nouvelle Vague», Giroud [79], Sondage IFOP – [87]) ou tel ouvrage socio-ethnologique célèbre (par ex. Monod [57]), ou tel mouvement de jeunesse confessionnel (par ex. la J.O.C.) à telle enquête nationale sur les jeunes travailleurs (par ex. Idiart et Goldstein [47]), etc.



Mais, d’une manière générale, les «genres» de production sont assez distincts, et les diverses institutions du dispositif de production de connaissances se chargent de faire respecter leurs normes propres et leurs objectifs spécifiques, qui correspondent aux attentes, réelles ou supposées, de clientèles particulières. Par exemple, s’il est fréquent chez les sociologues universitaires d’exploiter certains résultats partiels de sondages d’opinion ou de s’associer à certaines réflexions d’essayistes et de journalistes, voire à certains thèmes à la mode du monde de la chanson, du cinéma ou du roman, leur position institutionnelle les contraint de ne pas enfreindre les règles de la production académique (au demeurant assez floues et variables, s’agissant de la sociologie). Et si, réciproquement, il est de bon ton, dans les médias de grande diffusion, d’ironiser sur l’ésotérisme et l’apparente gratuité de certaines polémiques théoriques ou méthodologiques, et a fortiori sur la stérilisation intellectuelle et pratique produite par les excès du doute épistémologique, quelques éléments de la critique ou du vocabulaire scientifique n’en sont pas moins perceptibles dans certaines productions destinées au grand public, fût-ce au prix de déformations ou de décalages temporels. De toute façon, pas plus que les autres, ces productions ne peuvent échapper à l’«esprit du temps», c’est-à-dire aux «évidences», aux schèmes perceptifs et cognitifs fondamentaux qui constituent précisément l’idéologie dominante d’une époque et d’une société, à l’insu même de ses contestataires.







S’agissant du journalisme d’information et d’opinion [16], qui est pourtant la pièce la plus «sensible» du dispositif de la connaissance de la société par elle-même, je ne peux ici qu’en rappeler l’existence pour mémoire. Bien qu’ayant conservé en archives personnelles de nombreux documents de cette période, surtout parmi les périodiques de la “nouvelle gauche” dont la guerre d’Algérie avait cristallisé la création, et parmi les publications de quelques organisations de jeunesse et d’éducation populaire, il ne m’est pas possible d’en esquisser, fût-ce à grand traits caricaturaux, ni le portrait ni l’évolution ou les métamorphoses.



Pourtant, ne serait-ce que par le nombre, la variété et la motivation de leurs lecteurs, et par les dialogues qui s’instaurent entre les lecteurs et leurs journaux, ou leurs émissions radio-télévisées, une analyse sérieuse des discours sociaux des années 60 ne devrait pas pouvoir se dispenser de la connaissance de la presse, écrite et radiotélévisée. Surtout lorsqu’on sait, d’une part, le rôle éminemment actif et provocateur du complexe de Filipacchi «Salut les Copains – Age tendre» sur les ondes et dans les kiosques à journaux, pour la création de la culture yéyé…, lorsqu’on se souvient, d’autre part, qu’on était encore en 1958-60, en pleine «guerre d’Algérie» (cf. par ex. La guerre de sept ans [98]). En effet, s’il y avait un groupe social plus directement concerné que les autres par cette guerre de décolonisation (à l’exclusion des algériens eux-mêmes et des pieds noirs), c’était bien la grande cohorte démographique des jeunes gens appelés et rappelés dans cette mission d’un intérêt plus que douteux. Et s’il subsistait un lien entre ce contingent de jeunes soldats expatriés et l’opinion publique métropolitaine, c’est bien par le canal des journaux et des transistors, malgré la censure, qu’il fonctionnait principalement. L’on remarquera au passage le contraste paradoxal (?) entre l’importance accordée par la presse aux préoccupations de l’actualité militaire et politique d’une part, et l’absence quasi totale d’un intérêt quelconque des chercheurs scientifiques pour cette guerre de huit ans et les drames de conscience du «contingent» d’autre part [17], polarisés qu’ils étaient par les phénomènes de « structure » et les processus de transformation de longue durée.



Quant aux genres qu’on pourrait qualifier d’intermédiaires entre la connaissance scientifique et l’information sur l’actualité, à savoir les publications dites de vulgarisation ou «engagées» au service d’un mouvement sociopolitique, elles constituent un élément-charnière du dispositif d’ensemble, dans la mesure où elles assurent le plus souvent une certaine communication à double sens entre la connaissance spéculative, dite parfois «désintéressée» ou fondamentale et la connaissance pratique, orientée vers l’action et la mise en œuvre de solutions à des problèmes de tous ordres : – désaffection des jeunes à l’égard des mouvements de jeunesse ou des organisations syndicales et politiques, formes larvées ou déclarées de délinquance ou de violence, ratés de l’institution scolaire et de l’accueil sur le marché du travail, difficultés de relations interpersonnelles entre les jeunes et les adultes, abandon de certaines valeurs qui fondaient le consensus social, etc.



Une des caractéristiques de ce genre de discours social est de court-circuiter la phase d’analyse et d’interprétation du réel pour procéder à des appréciations et à des jugements de valeur, empreints d’optimisme ou de pessimisme selon les cas. Cette démarche les rend encore plus vulnérables que les discours savants aux illusions et aux mythes dominants, et les amène souvent à généraliser leurs représentations à partir d’observations fragmentaires peu contrôlées et opérées sur des «populations» particulières (sélectionnées parfois par de simples raisons de commodité pratique : fichier des élèves de tel établissement scolaire, des membres de telle organisation de jeunesse, etc.). En revanche, ces discours sociaux sont parfois imprégnés d’une familiarité avec les personnes, leurs motivations secrètes, leurs aspirations profondes, leurs problèmes matériels et relationnels, bref avec ce qu’on recouvre parfois du terme assez vague de «vécu», qui fait parfois défaut dans les travaux sociologiques et les sondages d’opinion de type statistique. Cela les constitue en autant de témoignages qui, subjectifs comme tous les témoignages, reflètent les préoccupations des acteurs engagés de cette période. La liste que j’en produis dans le tableau synoptique n’est évidemment pas exhaustive mais néanmoins assez variée dans ses orientations idéologiques pour qu’on ne puisse se méprendre sur la «neutralité» et l’impartialité de ce genre de discours. Il faut rappeler, à ce propos, le caractère plus ou moins artificiel de la classification de ce tableau et l’hétérogénéité des regroupements qu’il opère, en particulier lorsqu’il s’agit d’ouvrages collectifs ou de numéros spéciaux de revues, composés de contributions diverses et variées, qui gomment parfois les distinctions entre les genres et établissent des ponts entre le scientifique et le politique, entre la recherche et l’intervention militante.







En revanche, j’ai présenté à part un certain nombre de travaux d’un genre mieux délimité, bien que ce genre soit aussi présent à l’état diffus, dans d’autres productions, scientifiques ou non. Il s’agit des résultats d’enquêtes et sondages dits d’«opinion publique», généralement sur échantillons de population dits représentatifs, qui ont pour caractéristique principale de produire – fût-ce contre la volonté de leurs auteurs – des portraits stéréotypés et simplifiés de la jeunesse. En effet, surtout lorsque la production et la publication de ces résultats d’enquête sont couplées avec des campagnes de sensibilisation de l’opinion dans la grande presse, voire à l’initiative ou avec l’appui des Pouvoirs publics les plus officiels (par ex. «les 16-24 ans», enquête de l’IFOP commentée par Jacques Duquesne [74] et le «Livre blanc» du Ministère de la Jeunesse et des Sports, en 1966-67 [81]), les conditions mêmes de la publicité donnée à ces résultats (concision des commentaires et des titres de la presse) les réduisent à quelques formules-chocs et images lapidaires (la «nouvelle vague», la jeunesse «raisonnable» des 16-24 ans, la jeunesse «privée d’étoiles», etc.) qui s’inscriront durablement dans les représentations mythisées de la période… En ce sens, on serait tenté de définir un certain type de périodisation des discours sur la jeunesse par la vivacité et la durée des images réductrices ainsi banalisées qui en ponctuent les séquences et en cristallisent la structure. Que l’on songe également à l’impact en profondeur de formules employées ailleurs (en RFA) et plus tard (après 68) pour décrire la génération «sceptique» ou la «bof génération» !



Cette dernière remarque me permet de reprendre les conclusions d’Alain Drouard, dans son article, cité au début de la présente contribution, sur le développement des sciences sociales en France de 1945 à 1968. En effet, comme pour l’ensemble des thèmes de recherche et des problèmes sociaux qui leur correspondent, la sociologie de la jeunesse et des rapports de générations a connu pendant les années soixante une évolution des rapports entre sa partie de recherche fondamentale et sa partie de recherche finalisée. On s’est, de part et d’autre, débarrassé de l’illusion d’une «technologie sociale» (cf. par ex. Jenny [44]), prétentieuse pour les fondamentalistes appelés à jouer le rôle d’experts en politiques sociales spécifiques et, corrélativement, dangereuse pour la participation démocratique aux grands débats relatifs aux choix de société :



«… les sciences sociales n’ont pas été les sciences auxiliaires de l’action souhaitées dans les années soixante (…). Par contre, – et c’est un phénomène d’une tout autre ampleur, même s’il est encore mal connu et loin d’être analysé – les sciences sociales ont progressivement modifié notre perception de la réalité sociale. C’est par ce biais qu’elles agissent sur l’évolution des rapports sociaux dans la mesure où elles transforment la vision que les acteurs ont d’eux-mêmes et de la société dans laquelle ils agissent».



Jacques Jenny



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BIBLIOGRAPHIE







Cette bibliographie est organisée selon le plan du «Tableau synoptique» reporté en Annexe, qu’elle est destinée à compléter :



– chacune des quatre parties correspond à une colonne du tableau – c’est-à-dire à un genre spécifique de publication (ou de «discours social»), tel que défini dans le corps de cet article.



– dans chaque partie, les travaux sont classés par ordre alphabétique de leur auteur : respectivement des numéros 1 à 25, 26 à 71, 72 à 88 et 89 à 111.







1 – Bilans bibliographiques et réflexions théoriques







1 – Balazs (G.), Faguer (J.-P.), Laroche (F.), Bilan des travaux sur les jeunes et l’emploi. Paris, Centre d’Etudes de l’Emploi, 1977, 90 p.



2 – Coutrot (A.), Jeunesse et Politique. Paris, A. Colin, Collection Bibliographies françaises de sciences sociales, 1971, 69 p.



3 – Debesse (M.), Comment étudier les adolescents. Paris, PUF, 1948, 148 p.



4 – Fau (R.), Les groupes d’enfants et d’adolescents. Paris, PUF, 1952, 140 p.



5 – Fischer (E.), Problèmes de la jeune génération. Paris, F. Maspéro, 1968.



6 – Grelley (P.), «Dix années de littérature française sur la jeunesse, 1960-1970» in Annales de Vaucresson, n° 12, 1974, pp. 229-268.



7 – Isou (I.), «Le soulèvement de la jeunesse» in Traité d’économie nucléaire. Paris, Aux Escaliers de Lausanne, vers 1955, 342 p.



8 – Jenny (J.), «La maturation sociale. Thème de recherche psychosociologique appliquée à l’étude de la jeunesse (approche bibliographique)» in Revue Française de Sociologie, III, 2, avril-juin 1962, pp. 131-152.



9 – Jenny (J.), Les jeunesses et le phénomène politique dans le Québec contemporain. Proposition d’un cadre conceptuel d’analyse et inventaire de recherches empiriques. Ronéo, juin 1969, 27 p.



10 – «Jeunesse» in Encyclopedia Universalis, vol. IX, 1971, pp. 458-487. Contributions de N. Abboud, J. Chazal, E. Copfermann, J. Monod, H. Onimus, A.-M. Rocheblave-Spenle, M. Soriano.



11 – Kreutz (H.), Youth and social change : a methodological review of European youth research, 1960-70. Vienne, Institut fur angewandte soziologie, Conseil de l’Europe, 2 T., s.d.



12 – Lapassade (G.), «Eléments pour une psycho-sociologie des jeunes adultes» in Bulletin de Psychologie, X, 10, avril 1957, pp. 617-621.



13 – Lapassade (G.), L’Entrée dans la vie. Essai sur l’inachèvement de l’homme. Paris, Ed. de Minuit, 1963, 256 p., (réédition en Livre de poche, 1972).



14 – Laurentie (M.-A.) (avec la collaboration de J. Jenny et L. Kellermann), Les jeunes et la politique de 1945 à 1968. Paris, Institut National des Techniques de la Documentation, Mémoire ronéo., 1970, 72 p.



15 – Maupéou-Leplatre (N. de), «Pour une sociologie des jeunes dans la société industrielle» in Annales, XVI, 1, janv-fév. 1961, pp. 87-98.



16 – Maupéou-Abboud (N. de), «La sociologie de la jeunesse aux Etats-Unis» in Revue Française de Sociologie, VII, 4, 1966, pp. 491-507.



17 – Mead (M), Le fossé des générations. Paris, Denoël, 1971, 153 p.



18 – Mendel (G.), La crise des générations. Etude socio-psychanalytique. Paris. Payot 1969, 264 p.



19 – Naville (P.), Théorie de l’orientation professionnelle. Paris, Gallimard, 1945, 291 p. (réédition en Livre de poche, 1972).



20 – Rocard-Poujol (G.), Parizet (M.-J.), Sociologie de la jeunesse. ADRAC, n° 12, 1969.



21 – Rosenmayr (L.), «Esquisse d’une sociologie de la jeunesse» in Revue Internationale de Sciences Sociales, XX, 2, 1968, pp. 319-351.



22 – Rosenmayr (L.) et al. « La jeunesse : force sociale » in Revue Internationale de Sciences Sociales, XXIV, 2, 1972, pp. 225-397.



23 –  Sumpf (J.), « L’approche sociologique du problème du conflit des générations chez Parsons et chez Marx» in Epistémologie Sociologique, n° 6, 2e semestre 1968, pp. 77-99.



24 – Thiery (B.), (avec la collaboration de J. Jenny et L. Kellermann), Les jeunes et la politique en France. Le mouvement de Mai 1968, ses origines et ses conséquences. Paris, Institut National des Techniques de la Documentation, mémoire ronéo., avril 1970, 80 p.



25 – UNESCO. Liste provisoire des publications consacrées à certains aspects des problèmes de la jeunesse (1950-1968). Paris, UNESCO, 2 T., s.d.







2 – Recherches et enquêtes «de type scientifique».



      Sélection des principaux documents «significatifs» ou le plus souvent commentés







26 – «L’adolescence» in Enfance, n° spécial 4-5, 1958, 218 p.



27 – Ariès (P.), «Familles du demi-siècle» in Renouveau des idées sur la Famille. Paris, PUF, 1954, pp. 162-184.



28 – Baudelot (C.), Establet (R.), L’Ecole capitaliste en France. Paris, F. Maspero, 1971, 336 p.



29 – Baudot (J.), Desmottes (J.-M.), Vimont (C.), Conditions de vie et d’emploi des jeunes travailleurs. Paris, INED, Travaux et Documents, Cahiers n° 58, PUF, 1968.



30 – Bourdieu (P.), Passeron (J.-C.), Les Héritiers. Paris, Ed. de Minuit, 1964, 189 p.



31 – Castro (J.-P.), Les manifestations collectives de jeunes. Eléments d’introduction, directions de recherche. Bordeaux, Université Bordeaux II, Thèse de doctorat de 3e cycle, 1973.



32 – Chamboredon (J.-CI.), «La société française et sa jeunesse. La diffusion des modèles sociaux de l’adolescence. Culture adolescente et sous-cultures de classe» in Le Partage des bénéfices. Paris, Ed. de Minuit, 1967, pp. 155-175.



33 – Cloitre (Y.-M.), Johnny Halliday, Les idoles et les jeunes. Paris, Casterman, 1964, 172 p.



34 – Coutrot (A.), Les organisations de jeunesse françaises et la politique. Paris, FNSP, 1964.



35 – Dufrasne (CI.), Etude sur les attitudes des jeunes à l’égard des mouvements de jeunesse de 1944 à 1962. Paris, Thèse de doctorat de 3e cycle, ronéo, 1963.



36 – Ecole et Société. Paris, M. Rivière, 1959, 131 p. Contributions de F. Floud, A. Halsey, Y. Legoux, C. Peyre, P. Naville.



37 – Guigou (J.), Sociologie des jeunes ruraux dans le Languedoc méditerranéen. Montpellier, Université de Montpellier, Thèse de doctorat de 3e cycle, 1965.



38 – Haicault (M.) et Rousselet (J.), Etude d’une promotion d’apprentis scolarisés de la métallurgie (RNUR). Motivations, attitudes et ambitions professionnelles, Paris, CERCETJ, 1965.



39 – Heuyer (G.), «Esquisse d’une psychopathologie des jeunes adultes» in Evolution Psychiatrique, 1, 1956, pp. 181-188.



40 – Idiart (P.), Goldstein (R.), L’avenir professionnel des jeunes du milieu populaire. Analyse des réponses de 60000 jeunes. Paris, Ed. Ouvrières, 1965, 214 p.



41 – Inhelder (B.), Piaget (J.), De la logique de l’enfant à la logique de l’adolescent. Essai sur la construction des structures opératoires formelles. Paris, PUF, 1955, 314 p.



42 – «L’Intégration des jeunes dans un monde en évolution technique et économique accélérée» in BINOP, n° spécial, 1962.



43 – Isambert-Jamati (V.), «Education et maturité sociale dans la France contemporaine» in Cahiers Internationaux de Sociologie, 31, 1961, pp. 129-144.



44 – Jenny (J.), Les équipements socio-culturels pour les jeunes. Enquête d’exploration sur les comportements, besoins et aspirations des adolescents et «jeunes adultes» et sur les conceptions de leurs parents. Paris, «Education et vie sociale», 1961, 87 p.



45 – Jeunesse et Vie politique. Communication au sixième congrès mondait de l’Association Internationale de Science Politique. Genève, sept. 1964.



46 – Lapierre (J.-W.), Noizet (G.), Une recherche sur le civisme des jeunes à la fin de la IVe République. Aix-en-Provence, Annales de la Faculté des Lettres, 1961.



47 – Leplatre (N.), Approche sociologique des jeunes ouvriers. Résultats d’une enquête d’exploration. Paris, Institut des Sciences Sociales du Travail, 1958, 73 p.



48 – Mai 1968. «La prise de parole» in Communications, n° spécial 12, 1968, 184 p.



49 – Maisonneuve (J.), «Recherches expérimentales sur les cadres socio-affectifs. Milieu préadultes» in Cahiers Internationaux de Sociologie 13, 1952, pp. 132-155.



50 – «La Maturation sociale et le traitement des jeunes adultes (Aspects sociologiques)» in Seuils d’âge et législation pénale : contribution à l’étude du problème des jeunes adultes délinquants. Paris, Cujas, 1961, 256 p. Contribution de Ph. Chombart de Lauwe, A. Davidovitch, V. Isambert-Jamati, J. Jenny, M. Michard, J. Planchais, J. Delosse.



51 – Maucorps (P.-H.), «Recherches sur la sociabilité enfantine et adolescente» in Cahiers Internationaux de Sociologie, 16, 1954, pp. 163-176.



52 – Maupéou-Leplatre (N. de), «Le jeune ouvrier dans l’entreprise : une situation de minorité» in Sociologie du Travail, 2, 1960, pp. 39-51.



53 – Maupéou-Leplatre (N. de), Le cheminement professionnel des jeunes ouvriers. Paris, Institut des Sciences Sociales du Travail 1961-1963, 2 T., 326 p. + 142 p.



54 – Maupéou-Abboud (N. de), Les blousons bleus. Etude sociologique des jeunes ouvriers dans la région parisienne. Paris, A. Colin, 1968, 257 p.



55 – Maupéou (N. de), « Les manifestations collectives des jeunes. Proposition d’une démarche analytique et étude de quelques cas concrets» in Sociologie du Travail, II, 2, 1969, pp. 164-182.



56 – Des Millions de jeunes. Aspects de la jeunesse. Présenté par Cl. Dufrasne. Paris, Cujas, 1967, 619 p. Contributions de B.  Camblain,  P.  Clerc, Y.-M. Cloitre, Cl.  Dufrasne,  C. Garrigues,  N. de Maupéou-Abboud, M. Perié, Ph. Robert, B. Zazzo.



57 – Monod (J.), Les barjots. Essai d’ethnologie des bandes de jeunes. Paris, Gallimard, 1968 (réédition 1971).



58 – Morin (E.), L’Esprit du Temps. Paris, Grasset, 1962.



59 – Morin (E.), «Adolescents en transition. Classe adolescente et classes sociales, aspirations au divertissement et aspiration à la vie bourgeoise dans une commune du Sud-Finistère» in Revue Française de Sociologie, VII, 4, oct. 1966.



60 – Morin (E.), «Culture adolescente et révolte étudiante» in Annales, n° 3, mai-juin 1969, pp. 765-776.



61 – Robert (Ph.), Les bandes d’adolescents. Paris, Ed. Ouvrières, 1966, 388 p.



62 – Rousselet (J.), L’adolescent en apprentissage. Paris, PUF, 1961, 147 p.



63 – Rousselet (J.), Haicault (M.), Recherche sur les motivations et les ambitions professionnelles de jeunes demandeurs d’emploi. Paris, ministère du Travail, CERCETJ, 1964, 2 vol., 149 + 103 p.



64 – Rousselet (J.), L’allergie au travail. Paris, Ed. du Seuil, 1974, 275 p.



65 – Sauvy (A.), La montée des jeunes. Paris, Calmann-Lévy, 1959, 264 p.



66 – Sauvy (A.), La révolte des jeunes. Paris, Calmann-Lévy, 1970, 264 p.



67 – Schiele (R.), Monjardet (A.), Les apprentis scolarisés, leur mentalité vue par 5 000 d’entre eux, Paris, Ed. Ouvrières, 1964, 328 p.



68 – Stoetzel (J.), Jeunesse sans chrysanthème ni sabre. Etude sur les attitudes de la jeunesse japonaise d’après-guerre. Paris, Pion, 1954, 340 p.



69 – Texier (J.), «La jeunesse française et la vie politique» in Revue Française de Sciences Politiques, XVIII, n° 6, 1968.



70 – Zazzo (B.), «Revendications d’autonomie chez des adolescents de milieux socio-culturels différents» in Enfance, 2, 1961, pp. 107-128.



71 – Zazzo (B.), Psychologie différentielle de l’adolescence. Paris, PUF, 1966, 406 p.



 



3 – Production d’images ou portraits de la jeunesse, par et pour «l’opinion publique»,



      et rapports «officiels» sur la jeunesse et ses problèmes







72 – Antoine (J.), 6 317 000 jeunes français de 15 à 24 ans. Paris, SOFRES, 1965, 2 vol.



73 – Chaspal (M.), Vérités sur les jeunes filles. Paris, Grasset, 1960.



74 – Duquesne (J.), Les 16-24 ans. Paris, Ed. du Centurion, 1963, 248 p.



75 – Enquête de l’UNESCO sur les valeurs auxquelles les jeunes sont attachés en Orient et en Occident. Paris, UNESCO, 1962, 129 p.



76 – Fouchard (G.), Davranche (M.), Enquête sur la jeunesse, Paris, Gallimard, 1968, 383 p.



77 – Gentil-Baichis (Y.de.), Problèmes des jeunes. Paris, Beauchesne, 1970.



78 – Geraud (R.), Jeunesse privée d’étoiles. Paris, Pion, 1962, 304p.



79 – Giroud (F.), La nouvelle vague. Portraits de la jeunesse. Paris, Gallimard, 1958, 344 p.



80 – Jeunes et Adultes devant la civilisation moderne. Paris, Collection HECFJ, 1963, 160 p.



81 – Les jeunes d’aujourd’hui. D’après le rapport d’enquête du ministère de la Jeunesse et des Sports. Paris, La Documentation Française, 1967.



82 – Marny (J.), Les adolescents d’aujourd’hui: culture, loisirs, idoles, amour, religion. Paris, Ed. du Centurion, 1965.



83 – Perruchot (M.), La France et sa jeunesse. Paris, Hachette, 1958.



84 – Saint-Pierre (M. de.), La nouvelle race. Paris, Ed. Table Ronde, 1961, 252 p.



85 – Sondage IFOP, «Les attitudes de la jeunesse», n°3, 1957.



86 – Sondages, n° 3, 4, 1968.



87 – Sondage IFOP, «La nouvelle vague» (reprise) in L’Express, 1969.



88 – Vieujean (J.), Jeunesse aux millions de visages. Paris, Casterman, 1961, 160 p.







4 – Production d’informations et d’interprétations «vulgarisées»,



     «engagées» ou «orientées» par et/ou pour les acteurs sociaux







89 – Amiot (M.), «L’Etat et la Jeunesse. La FFMJC démantelée par son ministère de tutelle» in Esprit, n°12, 1969.



90 – Amiot (M.), «Politique et administration» in Sociologie du Travail, 2, 1969.



91 – Les conflits de générations. Paris, PUF, 1963.



92 – Copfermann (E.), «Les  mouvements de jeunes, l’Etat et la jeunesse», in Perspectives socialistes, n°47, oct. 1961, pp. 5-16.



93 – Copfermann (E.), La génération des blousons noirs. Problèmes de la jeunesse française. Paris, F. Maspéro, 1962, 192 p.



94 – «Crise de la jeunesse ?» in Cahiers pédagogiques pour l’Enseignement du Second Degré. Paris, 1957, 116 p.



95 – «L’Education du citoyen» in Cahiers pédagogiques, n° spécial 1959.



96 – Eléments pour une histoire des mouvements de jeunesse. Paris, CFMJ, 1967.



97 – Ferrand (J.), La jeunesse, nouveau Tiers-Etat. Paris, Ed. Laffont, 1968.



98 – «La Guerre de sept ans» in Perspectives Socialistes, n°39-40, août-sept. 1960.



99 – «La Jeunesse dans la société moderne» in Perspectives Socialistes, n° spécial 46, mars 1961.



100 – «Les Jeunes et leur avenir» in Economie et Humanisme, n°spécial, nov.-déc., 1955.



101 – «Les Jeunes et nous» in Informations sociales, n°spécial, XVII, 10, 11, oct.-nov. 1963.



102 – Jousselin (J ). Jeunesse, fait social méconnu. Paris, PUF, 1959, 189 p.



103 – Jousselin (J.). Vers une nouvelle jeunesse française. Toulouse, Privat, 1966, 332 p.



104 – Mangenot (M.), Alise (N.), Remoussin (F.). Les jeunes face à l’emploi. Paris, Ligue Française de l’Enseignement et de l’Eductation Permanente, 1972, 303 p.



105 – La Montée des Jeunes dans la communauté des générations. 48ème session des Semaines Sociales de France, Ed. Chronique Sociale de France, 1952, 400 p.



106 – «Problèmes de la jeunesse» in Vin Nouveau, n° spécial IV, 2, mars 1958.



107 – “Regards sur les jeunes”, in Echanges, n° 61, mars 1963.



108 – Les  répercussions psychologiques, morales et sociales de la guerre d’Algérie dans la jeunesse. GEROJEP, rapport d’enquête non publié, 1960.



109 – Semaine d’étude sur l’adolescence. Collectif CEMEA, 1961, 152 p.



110 – Semaine de la pensée marxiste, 1965. Jeunesse difficile ou société fautive ? Paris, les Ed. du Pavillon, 1966, 234 p.



111 – Teindas (G ). Thireau (Y.). La jeunesse dans la famille et la société modernes. Paris, Editions sociales françaises, 1961. 2 tomes, 558 p.











TABLEAU  SYNOPTIQUE   1945 – 1970



















































































































































































































































































































































































































































































































































































































Années



Chronologie des événements politiques et du développement  des



Sciences Sociales de 1945 à 1968 (références citées en note 1 de bas de page)



  



  



Bilans bibliographiques



et réflexions théoriques



Recherches et enquêtes “de type scientifique”



Principaux documents significatifs ou le plus souvent commentés



1945



 



Naville (P.) – 19 (réédition 1972)



 



1946



 



 



 



1947



– Création de la VI* section de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes



 



 



1948



 



Debesse (M.) – 3



 



1949



– Création de l’association “Marc Btoch”



 



 



1950



– Création du Centre d’Etude des Groupes Sociaux (CEGS)



 



 



1951



– Bulletin International des Sciences Sociales



 



 



1952



– Création de l’Institut des Sciences Sociales du Travail



Fau (R.) – 4



Maisonneuve (J.) – 49



1953



– Fondation du CREDOC



 



 



1954 ====



 



 



Ariés (P.) – 27



             G



 



 



Maucorps (P.-H.) – 51



             U



 



 



Stoetzel (J.) – 68



1955     E



 



Isou (I.) – 7



Inhelder (B.) et Plaget (J.) – 41



1956     R



 



 



Heuyer (G.) – 39



             R



 



 



 



1957     E



– Création du Centre d’Etudes Prospectives



Lapassade (G.) – 12



 



1958



– Création de la licence et du doctorat 3e cycle de sociologie



 



L’adolescence – 26 – Leplatre (N.) – 47



1959     d’



– Actions concertées DGRST



 



Sauvy (A.) – 65



 



– Statut du personnel chercheur CNRS



 



Ecole et Société – 36



1960     A



– Lancement de la recherche multidisciplinaire de Plozevet



 



Maupeou-Leplatre (N.) – 52



             L



 



 



 



             G



 



 



 



1961     É



 



Maupeou-Leplatre (N.) – 15



Lapierre (J.-N.) et Noizet (B.) – 46



             R



 



 



Rousselet (J.) – 62 – Isambert-Jamati (V.) – 43



             I



 



 



La maturation sociale – 50



             E



 



 



Jenny (J.) – 44 – Zazzo (B.) – 70



1962 ====



– Fondation de la Société Française de Sociologie (SFS)



Jenny (J.) – 8



L’intégration ….. – 42 – Morin (E.) – 58



1963



– Création du Groupe des Sciences Sociales de la Jeunesse (GSSJ)



Lapassade (G.) – 13 (rééd.1972)



Dufrasne (A.) – 35 –  Maupeou-Leplatre (N.) – 53



1964



 



 



Bourdieu (P.) et Passeron (J.-C.) – 30 – Cloître (Y.-M.) – 33



             G



 



 



Coutrot (A.) – 34 – Jeunesse et Vie politique – 45



             U



 



 



Rousselet (J.) et Haicault (M.) – 63



             E



 



 



Schiélé (R.) et Monjardet (A.) – 67



1965     R



– Premier colloque de la SFS : “Tendances et volonté de la sté française”



 



Guigou (J.) – 37 – Haicault (M.) et Rousselet (J.) – 38



             R



 



 



Idiart (P.) et Goldstein (R.) – 40



1966     E



– Projet international (E. Morin) en coopération avec le GSSJ :



Maupeou-Abboud (N .) – 16



Morin (E.) – 59



 



  “Jeunesse et communication de masse”



 



Robert (P.-H.) – 61



         



 



 



Zazzo (B) – 71 –



             d



 



 



 



1967     u



 



 



Chamboredon (J.-C.) – 32 – Des millions de Jeunes – 56



1968



– Création du Comité d’Organisation de Recherches appliquées



Fischer (E.) – 5



Mai 1968 : la prise de parole – 48 – Baudot – 29



 



  sur le Développement Economique et Social (CORDES)



Rosenmayr (L.) – 21



Maupeou-Abboud (N.) – 54



             V



– Mouvement du 22 mars, Sociologie à Nanterre



Sumpf (J.) – 23



Monod (J.) – 57 (rééd. 1971) – Texier (J.) – 69



1969     I 



  



Jenny(J.) – 9 – Mendel (G.) – 18



Maupeou (N.) – 55



             E



 



Rocard-Poujol (G) & Parizet (MJ) – 20



Morin (E.) – 60



1970     T



 



Laurentie (M-A) – 14



Sauvy(A.) – 66



             N



 



Thierry (B.) – 24



 



1971     A



 



Coutrot (A) – 2



Baudelot (C.) et Establet (R.) – 28



          M



 



Jeunesse – 10



 



 



 



Mead (M.) – 17



 



1972 ====



 



Rosenmayr (L.) – 22



 



 



 



Kreutz – 11



 



 



 



Unesco – 25



 



1973



 



 



Castro (J.-P.) – 31



1974



 



Grelley (P.) – 6



Rousselet (J.) – 64



1975



 



 



 



1976



 



 



 



1977



 



Balazs (G.) – 1



 



 




 



 











































































































































































































































































































































































































































































































































































































Production d’images ou portraits de la



jeunesse par et pour I’ “opinion publique”



et rapports officiels



sur la jeunesse et ses problèmes



Production d’informations et d’interprétations



“vulgarisées”, engagées



par et/ou pour les acteurs sociaux



Chronologie des principales manifestations sociales



et culturelles des jeunes, des pratiques institutionnelles



de l’Etat, et des mouvements de jeunes



(références citées en note 1 de bas de page)



 



 



Années



 



 



 



1945



 



 



 



1946



 



 



 



1947



 



 



 



1948



 



 



 



1949



 



 



 



1950



 



 



Conflits de générations au sein de certains partis politiques



1951



 



 



et mouvements confessionnels



1952



 



 



 



1953



 



 



 



1954



 



 



 



 



 



 



 



 



 



Les jeunes et leur avenir – 100



Création du Haut Comité de la Jeunesse



1955         ==0==



 



 



Mort et culte de JAMES DEAN



1956



 



 



Nuit de la Saint-Sylvestre à Stockholm



           Blousons



Sondage IFOP / les attitudes de la jeun. – 85



Crise de la jeunesse – 94



Révolte des jeunes en Pologne et Hongrie



1957



Giroud (F.) – 79



Problème de la jeunesse – 106



Création du GEROJEP



1958



Perruchot (M.) – 83



L’éducation du citoyen – 95



Square St-Lambert à Paris



1959          noirs



 



Joussefin (J.) – 102



 



 



Chapsal (M.) – 73



La guerre de sept ans – 98



Manifeste UNEF-UGEMA



1960



 



Les répercussions psychologiques – 108



 



                 et



 



 



 



 



Vieujan (J.) – 88



Copfermann (E.) – 92



 



1961



Saint-Pierre (M. de) – 84



La jeunesse dans la société moderne – 99



 



        Rock ‘n Roll



 



Semaine d’étude sur l’adolescence – 109



 



 



 



Teindras (G.) et Thireau (Y.) – 111



 



 



Geraud (R.) – 78 – Enquête UNESCO – 75



Copfermann (E.) – 93 – La montée des j. – 105



“Salut les copains”



1962        ==0==



Jeunes et adultes – 80 – Duquesne (J) – 74



Les conflits de génér. – 91 – Les j. et nous – 101



Nuit de la Nation à Paris



1963



 



Regards sur les jeunes – 107



Affrontements Mods/Rockers à Brighton



1964     Beatniks



 



 



“Age tendre”



                  et



 



 



Création du FONJEP



           Folksong



 



 



Manifestations des étudiants à Berkeley



 



Antoine (J.) – 72



 



Mouvement ” PROVOS ” aux Pays-Bas



1965         ==0==



Marny (J.) – 82



 



 



 



 



Jousselin (J.) – 103



Mouvement “situationniste” à Strasbourg



1966      Hippies



 



Semaine de la pensée marxiste – 110



Lancement des “Mille Clubs” par Missoffe



 



 



 



et préparation du “Livre blanc”



 



 



 



 



                et



Les jeunes aujourd’hui – 81



Éléments pour une histoire des mvts de j. – 96



Convergences internationales des révoltes étudiantes



1967



Fouchard (G.) et  Davranche(M) – 76



Des millions de jeunes… – 56



contre la guerre du Vietnam



1968



Sondage IFOP – 86



Ferrand (J.) – 97



Mouvement du “22 mars”à Nanterre



            Pop Music



 



 



Et mouvement de mai 68 en France



 



Sondage IFOP / la “nouvelle vague” – 87



Amiot (M.) – 89, 90



 



1969         ==0==-



 



Rocard-Pouiol (G.) et Parizel (M.-J.) – 20



Crise de la FFMJC



 



Gentil-Baichis (Y. de) – 77



 



 



1970



 



 



 



 



 



 



 



1971



 



 



 



 



 



 



 



 



 



Mangenot (M.) et al… – 104



 



1972



 



 



 



 



 



 



 



 



 



 



 



1973



 



 



 



1974



 



 



 



1975



 



 



 



1976



 



 



 



1977



 











[1] Pour cette mise en perspective historique, je me suis principalement référé aux travaux suivants :



– Dupeux (G.). La société française, 1789-1970. Paris, A. Colin, Coll. 1974. Cf. ch. 4, §3, le décollage économique et ses conséquences, 1950-1970.



– Lagrée (J.-C.), Les jeunes chantent leurs cultures. Paris, L’harmattan, 1982.



– Drouard (A.), «Le développement des sciences sociales en France de 1945 à 1968» in Revue Française de Sociologie, XXII. 1, janv-mars 1982, pp. 55 à 81.



Aussi : Amiot (M.) – [89, 90], Copfermann (E.) – [92, 33], Coutrot (A.) – [2, 34], Dufrasne (CI.) – [35].



[2] Ces notions de pratiques socio-cognitives, de savoirs sociaux, de dispositif socio-cognitif, etc… sont développées dans le cadre de certaines problématiques de la sociologie de la connaissance, ou d’«épistémologie – pratique – et – politique», qui s’élaborent depuis quelques années. cf. par exemple :



– Feldman (J.), Quelques repères sur les savoirs sociaux – Ronéo, 1981, 36p.



– Jenny (J.), Rapports d’activité au CNRS sur le projet de recherche «Rapports de connaissance et rapports de dominance dans trois situations de pratique sociale».



[3] Cf. par exemple le bulletin d’information de janvier 1981 de l’UNESCO, division de l’étude du développement = Echanges des connaissances pour un développement endogène, ainsi que les colloques du projet ASC (= Alternatives Socio-Culturelles du développement dans un monde en transformation) de l’Université des Nations Unies, sur «la créativité intellectuelle endogène».



[4] cf., par exemple parmi les contributions sur ce thème aux récentes Assises de la Recherche et de la Technologie, la communication de Jacques Jenny. Les responsabilités spécifiques des travailleurs de la recherche dans le secteur des sciences humaines et sociales. Ronéo, décembre 1981. cf. aussi les articles récents d’Edgar Morin sur ce thème, notamment dans Prospective et Santé. n° 16. hiver 80-81 et dans Le Monde des 5 à 8 janvier 1982.



[5] Cf. par exemple une note que j’ai récemment rédigée comme ébauche de construction théorique d’un objet complexe : «Rapports de générations… EN RAPPORT AVEC… rapports de sexes, rapports de classes sociales, et autres rapports sociaux fondamentaux», juin 1982, 13 p.



[6] On remarquera au passage qu’à cette interrogation épistémologique correspondait pendant cette période (cf. par exemple les textes de Michel Amiot – [89, 90], et d’Emile Copfermann – [92, 93], le Rapport d’enquête du Ministère de la Jeunesse et des Sports – [81] et correspond encore maintenant une interrogation politique concernant la «spécificité des problèmes de la jeunesse», avec toute une gamme de réponses possibles au niveau des structures de l’appareil d’Etat et de l’élaboration des «politiques de la jeunesse».



[7] Collaborateur de Ludwig von Friedeburg, auteur de l’ouvrage collectif – Jugend in der Modernen Gesellschaft – Köln – Berlin, 1965.



[8] Animateur du GERIJ québécois: “Groupe d’Etudes et de Recherches Interdisciplinaires sur la Jeunesse.



[9] Ce qui est le cas de la sociologie américaine de cette période, dont l’effet de dominance est bien connu, cf. à ce sujet Drouard (A.), op. cit. en note 1.



[10] Un processus analogue peut être observé en ce qui concerne les recherches dites féministes sur les rapports entre les sexes, rompant avec les courants traditionnels de sociologie de la femme… et de la famille. Et, si cette nouvelle orientation put finalement percer (au prix de quels combats théorico-idéologiques !), elle le doit certainement à l’affirmation publique d’un vaste mouvement social spécifique, le MLF, dont la pratique efficace et «reconnue» finit par imposer le respect aux phallocrates de l’institution scientifique !



[11] cf. par exemple le bilan comparatif, établi par J. Sumpf, de l’«approche sociologique du problème du conflit des générations chez Parsons et chez Marx» (SUMPF – [23]). Dans la discussion du séminaire d’Epistémologie sociologique de Nanterre, qui s’est engagée après la présentation orale de ce bilan, quelques mois avant les «événements de Mai 68», les intervenants en sont venus, paradoxalement, à «oublier» le thème du conflit des générations pour ne parler que des conflits de classes sociales. Paradoxe significatif I



[12] Son article fondamental «The sociological problem of générations» date de 1927 mais il a été publié dans un recueil posthume en 1962 «Essays on the sociology of Knowledge», non encore traduit en français à ma connaissance.



[13] Avec le recul du temps, on s’accorde généralement à expliquer cet intérêt collectif pour les «problèmes de la jeunesse» comme une projection de l’anxiété latente d’une société emportée dans un profond mouvement de transformations structurelles. Le mythe de la «montée des jeunes» et de la «nouvelle vague», surtout popularisé par l’ouvrage d’Alfred Sauvy – [97] et par l’enquête de Françoise Giroud – [79), aurait alors cristallisé ce sentiment diffus d’insécurité et d’incertitude menaçante quant au devenir historique mal maîtrisé des structures, institutions, et valeurs établies de la société française. Ce genre d’interprétation sera développé et commenté dans la suite du présent texte.



[14] Abboud (N.), “Crise dans la civilisation” et Monod (J.), “Les bandes de jeunes in (Jeunesse – [10]).



[15] cf. par exemple «Images de la jeunesse dans la littérature» – Annexe à Des millions de jeunes – [56] ; M. Soriano, Littérature pour la jeunesse. Contribution à Jeunesse [10] et «Les Adolescents dans les films» in Peuple et Culture, 1962.







[16] Pour les questions de méthode relatives aux analyses de la presse, se reporter par exemple à l’article de Jacques Ozouf, Etude de presse et analyse de contenu in «Le mouvement social» n°53 oct.-déc. 1965, pp. 39-49, et la thèse de Colette Guillaumin, L’idéologie raciste. Genèse et langage actuel. Paris, La Haye, Mouton. 1972, 247 p.



[17] Signalons comme exception la participation de sociologues à une enquête du GEROJEP, malheureusement non publiée (Les répercussions psychologiques… [108])




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